- Mancinia ! cria Murtagh.
Mais la jeune femme ne sembla guère l'entendre et tourna furtivement, son panier à la main, dans une rue adjacente. Murtagh resta un peu sidérer mais préféra se rendre à l'évidence : il n'avait que ce qu'il méritait.
"Allons la retrouver au palais".
Un éclat vert. Ce serait - il tromper ?
- Entez ! dit - elle en espérant que ce soit Murtagh.
Ce fût lui, avec un air désolé affiché sur son visage, il avait l'air d'un enfant prit en faute. Mancinia constata avec surprise que le jeune homme se tenait là, chancelant. Elle lui sourit timidement et elle remarqua avec effarement qu'il ne semblait pas en excellente santé. Elle eut subitement honte de se trouver ainsi en sa présence. En effet ses cheveux en broussaille lui donnaient un air sauvage, de longues cernes s'étalaient sous ses yeux lui donnant un air de mort - vivant. La jeune femme regarda de plus près et remarqua alors l'air égaré de son interlocuteur et l'énorme effort fourni par celui - ci pour cacher son ivresse. Inquiète et étonné de le trouver dans cet état elle se redressa pour se lever, dans sa robe de chambre longue et noire :
- Mais Murtagh tu as bu ?! Non mais regarde - toi !
Consterné elle lui lança un regard de reproche, mais tinté d'une certaine compassion. La jeune femme lui attrapa le bras, le forçant à s'asseoir sur son lit en lui souriant avec bienveillance, bien qu'en son fort intérieur une sombre inquiétude la ravagée. Qu'est - ce qui avait bien pu le mettre dans cet état ?
- Ca ne vas pas ? demanda - t - elle. Tu es partit comme ça...
- Je suis désolé...
- Mais...Pourquoi tu pleures ?!
- Je...Je n'ai pas songer un instant à ce que tu pouvais ressentir...Même dans ton état...Tu es seule ici...Loin de ton pays, de tes amis et de l'homme que tu aimes...Qui plus est...Tu aimerai sans doute être près de lui vu ce que tu attends.
Le visage de Mancinia se fit sombre :
- C'est vrai...Je suis loin de mon pays, mais la terre n'est rien. Mes amis vont bien et ils ne me manque pas tant que ça...Quand à l'homme que j'aime...
Silence lourd.
- Il est tout le temps avec moi puisque le vent transporte ses cendres.
Murtagh releva la tête, les yeux écarquiller.
- Quoi ?
- ...Il est mort. Mon mari est mort.
Murtagh fut foudroyé par la nouvelle. Comme si ont était venu lui annoncer la mort d'un proche. Mancinia soupira tandis que Murtagh porta son bras sur ses yeux pour sécher ses larmes :
- Tu ne pouvais pas le savoir, j'ai passé le stade de pleurer parce que j'ai quelqu'un en moi à protéger. Son enfant et le mien. Tu comprends ?
Murtagh hocha la tête avant de s'excusez de nouveau. Mariée, elle était mariée ! C'est une joie de l'apprendre, mais malheureusement, Mancinia était plus veuve que jeune mariée. Vu son âge, les deux amants n'avaient sans doute pas vécu pleinement leur amour.
- Tu...Je...
- Je suis seule peut - être, dit - elle en le prenant dans tes bras. Mais tu es là, Fye, Seth, Guts aussi. Je vais bien...Dis - moi, tu aimes te faire câliner toi !
Murtagh se dégagea de son étreinte avec gêne :
- Mais arrête !
- Ha ha ha ! Regarde, ça marche...Tu ne pleures pas. Tu sais ce que je veux ? Que tu souries !
Murtagh fut un léger sourire avant de la suivre dans sa plaisanterie, mais dans un mouvement complètement stupide, le jeune homme déclancha en lui une furieuse envie de vomir qu'il retint à grand peine. Inutile d'aggraver la situation, non ? Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas cacher bien longtemps qu'il n'était pas dans son état normal, et même si son bleu était presque invisible dans la lumière encore chiche de ce début de matinée, on sentait tout de même que quelque chose clochait. Murtagh se jura de ne plus se laisser entraîner par certains amis qui, il devait se l'avouer, étaient finalement bien peu recommandables. A vrai dire, ils n'étaient même pas ses amis, seulement quelques soldats rencontrés au cours d'un bref séjour dans une caserne de Teirm. Ils l'avaient encouragé à les accompagner pour fêter leurs retrouvailles et c'est un fait, Murtagh ne savait pas dire non. Résultat ? Une gueule de bois pour rien de plus intéressant qu'une soirée entre soldats, une petite bagarre qui lui faisait courir le risque de se faire remonter les bretelles, sans oublier l'air tout à fait...Effaré ? Déçu ? Inquiet ? Ou un peu des trois peut - être...Bref, l'air bizarre qu'affichait Mancinia en le voyant. Quoi qu'elle n'avait pas l'air très fraîche non plus, avec ses cernes noires et ses cheveux en bataille, mais bon, le jeune homme était plutôt mal placé pour donner des conseils.
- Dis - moi, pourquoi es - tu partie tout à l'heure ? Je t'ai appelé au marché, tu ne sembles pas m'avoir entendue.
Mancinia lui tournait le dos. Serait - ce possible... ?
- Tu dois faire erreur, je n'ai pas bougée d'ici de toute la journée. Guts va venir m'engueuler car j'ai du le laisser seul.
- Oui mais...Cette fille, ont aurait dit ta jumelle, sauf ses yeux verts...Ah ben oui, ce n'était pas toi.
- Ha ! s'exclama Mancinia. Je la connais de vue même si je ne sais pas vraiment qui c'est.
- Ah bon..., réfléchit Murtagh. Tu es fille unique ?
- Comme toi...Et toi, questionna Mancinia. Pourquoi as - tu bu ?
Le Dragonnier s'efforça de la regarder droit dans les yeux, avant de laisser un sourire naître sur son visage. De la façon dont un père de famille gourmande sa petite fille, il expliqua calmement :
- D'abord, plus doucement, s'il te plaît. Evitons de réveiller tout le quartier...Et de me filer un mal de crâne plus gros que celui que j'ai déjà. Et ensuite, aujourd'hui, je n'ai rien bu. Bon, hier, je dis pas, mais aujourd'hui...Ca va, tant que personne ne me hurle dessus. Ceci dit sans t'offenser, bien sur, dit - il en levant les mains d'un air innocent.
Le problème, ce n'était pas qu'elle raconte qu'il avait bu plus que de raison : il était jeune et après tout, avait bien le droit de faire la fête. Non, le véritable souci, c'était qu'on fasse le lien entre lui et la bagarre d'hier soir, qui avait...Quel était le terme, déjà ? Sérieusement nuit à l'ordre public ? Oui, sûrement un truc comme ça. Pas que Murtagh n'aie pas conscience de la portée de ses actes, non, justement. Il n'avait tout simplement pas tellement envie d'en subir les conséquences.
- Mais ne t'inquiète pas, ça va, poursuivit - il. J'ai juste un peu trop fait la fête, histoire de fêter mes retrouvailles avec d'anciens camarades. Inutile d'aller le crier sur tous les toits, ça arrive à tout le monde. Les humains sont très friands de ce genre de choses, même si le lendemain, tout n'est pas aussi rose.
Son explication tenait à peu près la route et le fait de prendre l'air par la suite contribuait à lui éclaircir les idées. Certes, il se sentait toujours vaguement nauséeux, mais tant que personne ne criait, son mal de tête se faisait moins insistant. Espérons que cela continue. Plus pour dévier les pensées de Mancinia sur autre chose que sa gueule de bois que parce qu'il était vraiment curieux.
- Et toi ? Ca va ?
Mancinia était perdue dans ses sombres pensées en proie à un dilemme atroce. L'esprit torturé, elle ne pouvait choisir entre préservé son ami où l'aidé pour son bien en le dénonçant car elle avait bien eut vent de la bagarre dans une taverne des bas - quartier via le billet des femmes de chambre. Elle fini par sortir de cet état quand elle entendit Murtagh lui parler. La question lui tira un sourire :
- Je vais bien.
La jeune femme savait que son interlocuteur comprendrait. Murtagh haussa les épaules et Mancinia eut l'impression qu'il allait s'écrouler. Elle fut quelques peu vexée de la façon dont il contourna son reproche avec sa voix teinté d'une petite lassitude. Le visage de la jeune femme s'assombrit un peu. Il sembla s'en apercevoir, car il s'excusa implicitement. Un léger courant d'air vint refroidir la lourde chaleur de cette aube et Mancinia ne se sentait pas très bien, le manque de sommeil se faisait sentir. Depuis plusieurs jours elle n'avait pas réussit à faire une nuit complète se réveillant pleine de sueur de cauchemar horrible concernant...Non, ce n'était pas le moment ! Mancinia était déçue de lui, encore qu'il se saoule avec des amis étaient une activité virile normale pour son âge mais l'affaire qui le concernait était beaucoup plus grave. Murtagh n'était pas n'importe qu'elle humain : il était Dragonnier.
- Je ne suis pas sûre que tes amis soient de bonnes fréquentations pour toi ! dit - elle subitement. Enfin je ne vais pas me mêlé de ta vie puisque tu ne te mêle point de la mienne.
Mancinia se tut, ses sentiments avaient donnés à sa voix un ton qu'elle n'aurait pas voulut. Elle avait parlé durement avec déception. Une tristesse s'afficha sur son visage, elle soupira et détourna le regard, ne voulant pas voir le visage de son interlocuteur. Le silence dura un petit moment avant qu'il le brise. Décidément, quand Murtagh buvait, il avait l'esprit bien trop mélancolique et il s'en rendait compte lui - même. Grognant légèrement contre les tournures étranges de ses pensées, il reporta son attention sur la jeune femme, qui semblait avoir les yeux dans le vague. Mancinia se tourna à nouveau vers lui, l'observant attentivement, et il ne put s'empêcher de lui décocher un sourire charmeur, avant de lui expliquer qu'il n'était pas si mal en point que ça. C'était vrai, cela allait en s'améliorant et d'ici peu, quelques heures sans doute, cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir. Il remarqua qu'à nouveau, Mancinia avait l'air déçue. Par son attitude à lui et ce regard atteignit le Dragonnier de plein fouet, cette unique larme qui glissait sur sa joue.
- Tu pleures ? Mais Mancinia... !
- Ce n'est rien...Une petite douleur, rien de plus. Le bébé me rend un peu malade.
- Tu es à combien de mois ?
- Quatre mois.
- A quoi penses - tu ? demanda Mancinia à Murtagh. Pas à moi, je le sais...
- A mon maître, répondit le jeune homme. Un homme bien qui est mort par ma faute...
Mancinia se tut, ne voulant pas remuer le couteau dans la plaie.
- Tu veux en parler ? demanda - t - elle d'une voix douce.
Murtagh tourna le regard vers elle et hocha la tête.
- Le Roi veut te voir, n'est - ce pas ? ?
Le jeune homme acquiesça et le livre que lisait Tornac fit un bruit étouffé quand ce dernier le ferma. Murtagh lui lança un sourire désolé avant de quitter la pièce. Dans les couloirs, l'air était lourd et le bruit de ses pas résonnait bruyamment comme un écho, une mélodie même. Le jeune homme alla d'abords se changer rapidement, pour mettre quelque chose de convenable et de prendre son épée afin de la porter sur le côté. Quand il arriva devant le Roi, ce dernier était déjà en train d'hurler sur quelqu'un, sans doute un des chefs d'armée. Il le renvoya quand il eut aperçut Murtagh entrer dans la salle du trône. Galbatorix fulminait de colère.
- Ces chiens de Vardens on détruis vingt de mes hommes pour enrôler un village !
La voix du Roi glaça Murtagh, le paralysant sur place. Il eut l'impression pendant un bref instant la sensation de défaillir, mais il se reprit à tant avant de tomber dans les pommes.
- Prends la tête de mes troupes ! Détruisez le village de Zefs !
- Sire..., balbutia Murtagh. Que...Que feront nous des villageois ? Comment savoir si ils sont coup... ?
- Ce sont tous des traîtres ! Brûlez - les sur le bûcher et couvrez leurs cendres de fumier !
Murtagh blêmit encore plus qu'il n'était blanc et sans qu'il l'eut voulut, ses mains se mirent à trembler face à la peur croissante qui naissait en lui. Il s'inclina avant de quitter la salle aussi vite que la bienséance le lui permettait. Le jeune homme s'arrêta dans le couloir. Maintenant, il comprenait la réaction de Tornac et des larmes montèrent dans ses yeux. Sans réfléchir, il se mit à courir dans le dédale des couloirs pour retrouver son ami. Il surgit dans Sa chambre comme un dératé, faisant sursauter son ami qui rangeait visiblement ses armes.
- Murtagh ! Que t'arrives - t - il ? Tu es devenu fou ?
- Il...Il est fou ! Vous...Vous aviez raison !
Tornac resta surprit avant de comprendre ou venait en venir son apprenti, il soupira une fois que Murtagh lui eut expliquer l'entretien avec sa Majesté. Tornac ne pouvait pas blâmer le garçon. Il était jeune...Ambitieux...Il posa sa main sur l'épaule tremblante de Murtagh.
- Que veux tu faire... ?
- Partir...Loin et vite !
- Alors préparons nous !
- Mais..., protesta Murtagh.
Tornac leva sa main :
- Le Roi saura que je t'ai aidé...Autant que je viennes avec toi...Au moins je te garderai à l'oeil !
Murtagh acquiesça dans le vague, les deux amis avaient besoin de l'un et de l'autre pour s'en sortir. Cette seule idée balayait des milliers d'autre qui se fracassaient dans les murs de son esprit. Lui et Tornac disparurent dans leurs chambres aussi discrètement que possible pour prendre le strict nécessaire. Murtagh tremblait et était aveuglait par ses larmes, il avait tellement honte ! Il les essuya d'un revers de manche. Sa tête marchait à toute vitesse et il réfléchissait vite. Les seules choses qu'il prirent furent son épée, une dague qu'il cacha dans une de ses bottes, son arc ainsi qu'une petite chose à laquelle il tenait particulièrement...Un moment plus tard , il était dans les écuries pour seller son cheval avec Tornac.
- Il faut faire vite, souffla son maître.
- Pourquoi ? questionna Murtagh.
- J'ai un mauvais pressentiment..., répondit Tornac.
Et il avait raison, Murtagh le sentait aussi. Il termina de préparer son cheval et une fois en selle, Tornac lança un regard rassurant à Murtagh. Puis, ils lancèrent les chevaux au galop. Sauf qu'à la porte du château ils étaient attendus par des soldats. Murtagh jura et dégaina son épée, qui brilla d'une flamme menaçante dans la nuit. Celle de Tornac ne tarda pas à briller aussi. Ils passeraient, un point c'est tout. Le choc fut terrible. Les soldats étaient nombreux mais ils ne résistaient pas aux assauts de Murtagh et de Tornac. L'épée du jeune homme ne tarda pas à se teinter de sang. Ce fut comme cela pendant quelques minutes avant qu'un bourdonnement presque inaudible parvint à ses oreilles. Tous les soldats étaient tombés...Et il s'apercevait que certains étaient postés sur les toits...Tornac, le cheval, hennit de terreur et se rua en avant tout en projetant Murtagh au sol. L'autre Tornac sauta à terre, haletant et aida le garçon à se relever. Les flèches volaient un peu partout. Murtagh était sonné et Tornac lui hurla quelque chose qu'il ne comprit pas. Avant de comprendre pourquoi, le jeune homme fut violemment poussé par son ami et tomba sur les fesses. Quand il se releva, ce fut pour voir avec horreur que Tornac se tenait debout avec une flèche planté dans la poitrine...A sa place.
- Non ! hurla Murtagh.
Il se jeta vers son ami, sans contrôler ses larmes. Il se pencha vers Tornac et le prit dans ses bras.
- Non ! répéta - t - il.
- Ne t'inquiètes pas...Ca va..., marmonna l'homme.
Non...Ca n'allait pas...C'était la fin. Il le sentait et étrangement, les flèches ne volaient plus.
- Murtagh...Fais moi une promesse...
Qui aurait sût résister face au parole d'un ami ? Un ami mourrant.
- Oui ! Ce que vous voulez... !
Tornac sourit :
- Trouves toi une fille...Qui te mérite...
Ses yeux se fermèrent et avec un sourire dessiné au coin du visage...Il venait de rejoindre l'autre monde, heureux.
- Je...C'est promis...
Puis Murtagh abandonna le corps avant de se précipiter au dehors des remparts.
- Non...Je n'ai pas encore trouvé la fille.
- Et c'est quoi cette chose précieuse que tu portes au cou ?
Mancinia pointa du doigt la chaîne que Murtagh portait à la nuque, sa chose précieuse. Il déboutonna sa chemise pour lui montrer. Ce pendentif était fait dans une sorte de verre très solide, la lumière se reflétait sans ses coins et donnait l'impression d'être une plume. La plume d'un ange. Mancinia fronça les sourcils :
- Il appartenait à ma mère, dit Murtagh.
- Ce pendentif n'appartient pas à ta mère, répliqua Mancinia, sanglante. Mais à ton père, Morzan.